Florence SALANOUVE

Doctorante en SIC, LIRCES (Université Nice Sophia Antipolis) / Conservatrice de bibliothèques

Catégoriser, classer, penser : quelles relations entre mode classificatoire et production scientifique ?

Jeudi 11 juin 2015 / 11h45-12h30 / Discutante : Fanny GALLOT, Maîtresse de conférences en histoire contemporaine, CRHEC (Université Paris-Est Créteil Val-de-Marne)

Mon travail de doctorat se propose d’analyser les institutions culturelles « légitimes » dans leur mode de sélection, de hiérarchisation, de production et de réception au prisme du Genre. L’enjeu de cette communication a pour point de départ le constat des difficultés rencontrées dans la construction de l’objet de recherche, notamment sur la terminologie à employer.

Si les catégories « institutions culturelles » et « Genre » font l’objet de définitions polysémiques, si ce n’est ambivalentes ou controversées, elles sont révélatrices des enjeux scientifiques, politiques ou idéologiques qui leur sont attachées. Pendant la constitution de la bibliographie autour de la catégorie de « Genre », le premier temps de la recherche a permis de dévoiler ce qu’on pourrait appeler un premier angle mort.

Le premier constat révèle que si l’usage du terme « Genre » n’est pas totalement légitime en dehors du champ académique, il ne manque pas d’être questionné, en ce sens où les expressions « femmes », «masculin-féminin » restent privilégiées dans les titres des ouvrages édités. Le deuxième constat relève de la recherche bibliographique en tant que telle. La classification bibliographique, c’est-à-dire la manière de disposer les livres d’une collection dans un ordre méthodique et raisonné, est une notion aujourd’hui confinée à la pratique professionnelle des bibliothécaires qui mettent en avant leur mission neutre, objective et scientifique.

Partant de ces deux constats, il est intéressant de noter que le manque de réflexion sur la relation entre mode classificatoire et production de savoirs atteste d’un impensé selon lequel le classement serait chose naturelle, à ne pas questionner. Au contraire, il apparaît que la classification doit constituer un objet de recherche tant elle peut nous dévoiler, dans la façon de catégoriser les connaissances, non seulement une vision du monde mais surtout révéler les écarts entre le classement bibliothéconomique et la production scientifique.

Or c’est bien cela qu’il faut questionner : la classification des savoirs, la mise en ordre du monde, ne participent-elles pas d’une catégorisation de la pensée ?

L’auteure :

Florence SALANOUVE est conservatrice de bibliothèques et doctorante en Sciences de l’Information et de la Communication (LIRCES) à l’Université Nice Sophia Antipolis. Après des études en lettres modernes, en anthropologie historique (EHESS) et en sciences politiques (Paris 2 Panthéon Assas), son projet de thèse, qui s’inscrit dans une démarche réflexive, vise à décrypter en quoi les institutions culturelles ont à voir avec la question du Genre.

Publicités