Serge PROUST

Maître de conférences HDR en sociologie, CMW (Université de Lyon/Université Jean Monnet – St-Etienne)

« Intermittents et précaires » ou « surnuméraires déclassés » ?

Jeudi 11 juin 2015 / 16h30-17h15 / Discutante : Léonor GRASER, Docteure en sociologie, CERLIS (Université Paris 3/Université Paris 5/CNRS)

Les mobilisations relatives au régime de l’intermittence du spectacle donnent lieu, depuis plusieurs décennies, à l’usage central des catégories d’intermittents et/ou de précaires. Leur caractère central est une des manifestations de la puissance de l’État dans la production et production et la « canonisation des classifications sociales. » (Bourdieu) et leur essentialisation (cf. l’usage permanent du pronom « les » intermittents). L’intervention soulignera comment cet usage est l’objet de critiques et de définitions concurrentes entre différents groupes d’agents (responsables de l’État ; dirigeants des organisations syndicales et des coordinations ; chercheurs). Elle est par ailleurs inséparable d’une propension de certaines fractions d’artistes et de leurs porte-parole à se penser comme des avant-garde au prix de l’universalisation de leurs propriétés et projets spécifiques, et de l’euphémisation de leurs tensions internes.

En proposant de considérer les catégories de surnuméraires déclassés, il s’agit de souligner la possibilité d’échapper aux catégories juridiques et administratives pour penser la situation de certains de ces groupes, de réinscrire ces derniers dans les déséquilibres structurels des marchés des biens artistiques ainsi que des marchés du travail artistique et cela quels que soient les statuts et régime d’emploi des agents concernés. Il s’agit aussi de souligner la place de ces derniers dans des dynamiques et des histoires sociales et familiales.

L’auteur :

Concernant les mobilisations relatives au régime de l’intermittence, mes recherches passées ont principalement porté sur la relation instrumentale que les groupes mobilisés entretiennent avec le salariat et, corrélativement les difficultés que rencontre la CGT [« Syndicalisme et délitement du salariat artistique : la CGT et les groupes mobilisés autour du régime de l’intermittence », Sociologie du travail, 52 (2010), p. 374-388] ainsi que la difficulté d’utiliser certains des répertoires classiques du mouvement ouvrier dont la grève [« Salariat incertain et grève improbable pour les intermittents mobilisés », in Relations au travail, relations de travail, Aballéa F, Lallement M (coord.), Toulouse, Octarès (Coll. Le travail en débats – série colloques et congrès), 2007, p. 51-58].

Ces différentes difficultés ainsi que les modalités de l’inscription de ces groupes dans les secteurs publics de la culture conduisent à une politisation des luttes et à la nécessaire maîtrise du fonctionnement des champs politiques [« Mobilisations d’artistes et maîtrise du fonctionnement des champs politiques. Les luttes autour du régime de l’intermittence », in Les artistes et la politique : Terrains franco-américains (Roussel, dir.), PUV – Université Paris, 2010, p. 105-129].

Mes recherches actuelles, menées notamment au cours du printemps et de l’été 2014, visent à une compréhension plus précise des propriétés sociales et professionnelles des groupes mobilisés.