Table des matières

DELAPORTE GRASER PEQUIGNOT 2016 Penser les categories de pensee Arts cultures et mediations TABLE DES MATIERES

Introduction

DELAPORTE Chloé, GRASER Léonor, PÉQUIGNOT Julien, « De l’objet à l’objectivation », p. 7-12

« […] il m’a dit que je verrais ce que je voulais voir – une promesse autant qu’un reproche, et en même temps une description de la genèse de l’acte de voir. » (BANKS Russel, 1991, Le Livre de la Jamaïque [trad. Pierre Furlan], Paris, Actes Sud, p.203)

« Dans le cadre d’une démarche scientifique, « voir ce que l’on veut voir » ne semble pas être autre chose qu’un reproche. L’objectivité, régulièrement associée à la rationalité, est souvent mise en avant pour caractériser l’activité de recherche qui doit se méfier de la subjectivité, la fuir. Les paradigmes, les protocoles, la vérification par les pairs sont là pour l’y aider. La science doit traiter des faits, établir des lois, expliquer les choses qui sont ; elle n’est pas censée donner un « avis » ou tenter de mettre en avant « sa » vision du monde. Pourtant, il est également banal de remarquer que les scientifiques ne chaussent pas les mêmes lunettes. La biologie et la sociologie peuvent toutes les deux regarder un être humain, elles ne « voient » pas la même chose. Elles ne voient pas la même chose car elles ne veulent pas voir la même chose. Il s’agit bien là d’une « promesse » et non pas d’un « reproche », promesse contenue dans le titre de biologiste ou sociologue. Ainsi, ce qui est vu de l’objet regardé dépend de celui qui regarde. Bien plus, l’objet vu dans son ensemble dépend du sujet qui l’observe : un système biochimique complexe d’un côté, un être social de l’autre. Autrement dit, la démarche scientifique commence par une construction d’objet, qui est d’abord construction du regard, de la pensée. […] »

I | Catégories et pensée

FLEURY Laurent, « La catégorisation au risque de la normativité : défis épistémologiques, enjeux critiques », p. 15-34

« Question fondatrice de la sociologie, l’élaboration de nos catégories de pensée relève d’un souci épistémologique de fondation de la validité des énoncés sociologiques, c’est-à-dire encore de son objectivité, donc de sa scientificité. Parce que la catégorisation renvoie à une opération de classification ou de conceptualisation, elle se propose de dessiner autant de modalités de l’objectivation sociologique. Mais parce que, dans le même temps, la catégorisation soulève toute une série de problèmes dont le risque nominaliste propre à toute entreprise taxinomique et le risque de normativité qui trame l’écriture de sciences sociales – plus encore peut-être la sociologie de l’art et de la culture –, la catégorisation pourrait porter une normativité menaçant alors à son tour l’objectivité recherchée. […] » [résumé de la communication donnée au colloque et biographie de l’auteur]

HORVÁTH Eszter, « (Im)postures du catégorisme », p. 35-45

« […] une nouvelle approche du monde, de la pensée et du temps  se propose de remettre en question un certain nombre de postulats que l’on croyait intouchables depuis la Critique de la raison pure : la finitude de la connaissance, le donné phénoménal, la synthèse a priori comme rapport originaire entre sujet et objet, enfin, tout l’appareil structurel censé garantir l’universalité et la nécessité des lois, celles de la nature comme celles de la pensée : le “transcendantal”. Abandonner le transcendantal, tel est bien le mot d’ordre de la nouvelle pensée post-critique. » (Malabou, 2014 : IX)

« Malgré une telle tendance, le transcendantal résiste aux tentatives d’abandon. Car le transcendantal kantien étant critique, voire autocritique, son aptitude à se mettre en question, à se rendre problématique et à relancer des tentatives de réponse aux problèmes le concernant, sa vivacité, dirait-on, est une force qui le fait survivre à chaque tentative d’abandon : la pensée critique prend un nouvel élan depuis ses critiques. Car des critiques, il y en a. Depuis le début, c’est-à-dire depuis la parution des textes de Kant – on pourrait écrire et réécrire l’histoire de la pensée occidentale du XIXe et XXe siècle comme interprétation et / ou mise en question de la pensée transcendantale kantienne, comme critique de la critique –, comme une relance incessante de la pensée critique et, avec elle, du transcendantal. […] » [résumé de la communication donnée au colloque et biographie de l’auteure]

GLEVAREC Hervé, « Sociologie analytique du genre culturel. Nomisme, constructivisme des marges et réalisme », p. 47-63

« Cet article vise à évaluer de façon analytique l’usage sociologique de la catégorie de genre culturel en sociologie de la culture. Cet usage relève d’un paradoxe : les genres sont à la fois d’usage ordinaire en sociologie de la culture tout en étant objets d’un regard critique quant à leur consistance conceptuelle, ou plus simplement descriptive. Le comble du paradoxe s’atteint quand quelque chose comme la « légitimité des genres » est soutenue en même temps que la « variabilité des genres ». Pourquoi est-ce un paradoxe ? Parce que, par exemple, le rock ne peut pas être « plus légitime que le rap » si en même temps on soutient que les individus ne s’entendent pas sur ce que rock et rap signifient (recouvrent, désignent comme objets), que ce sont des catégories variables, dont le contenu varie selon les individus ou les groupes sociaux. Ou alors c’est qu’il y a deux Terres, l’une sur laquelle le rock est un genre, qualifié de « légitime », et l’autre sur laquelle le rock est une catégorie socialement variable. […] » [résumé de la communication donnée au colloque et biographie de l’auteur]

II | Catégories et performativité

BURNAUTZKI Sarah, « Penser le pouvoir de racialisation des catégories d’études littéraires », p. 67-85

« Contrairement à la vision fabuleuse de la République des Lettres – véritable univers littéraire égalitaire et démocratique où les ordres et la nationalité seraient insignifiants –, l’image du champ de bataille où se déroulent en permanence des luttes de pouvoir et de représentation impitoyables semblerait plus appropriée pour décrire le fonctionnement, dans les faits, de l’espace littéraire. L’étude de ces rapports de domination à l’œuvre dans l’espace littéraire se trouve au cœur des travaux d’éminents sociologues de la littérature (Bourdieu, [1992] 1998 ; Casanova, [1999] 2008). Cependant, la prise en compte de la racialisation comme facteur décisif dans la construction de l’ordre littéraire et symbolique, actuellement, n’en est encore qu’à ses débuts en France. Catégorie de pensée négligée parmi les autres catégories de domination sociale, l’omission de l’impact de la « race » dans l’espace littéraire distord aussi sensiblement la perception et, par conséquent, l’analyse sociologique du fonctionnement de la littérature. […] » [résumé de la communication donnée au colloque et biographie de l’auteure]

SALANOUVE Florence, « Classer, est-ce (im)penser ? Un questionnement critique appliqué aux modes de classification des savoirs », p. 87-97

« Dans Penser / Classer, Georges Pérec pose l’acte de classer comme étroitement associé à celui de penser, tout en admettant plusieurs interrogations sous-jacentes :

« Penser/classer : que signifie la barre de fraction ? Que me demande-t-on au juste ? Si je pense avant de classer ? Si je classe avant de penser ? Comment je classe ce que je pense ? Comment je pense quand je veux classer ? » (Pérec, 1985 : 154)

Permettons-nous d’adjoindre une énième question : à quoi je ne pense pas quand je veux classer ? D’où le titre de notre réflexion : classer, est-ce (im)penser ? […] » [résumé de la communication donnée au colloque et biographie de l’auteure]

LASSIBILLE Mahalia, « La « danse africaine contemporaine » : un paradoxe chorégraphique. Une ethnographie de la catégorisation au Niger », p. 99-113

« Le recours aux catégories entraîne régulièrement discussions et critiques, notamment quand il s’agit de s’entendre sur leurs critères de définition. Elles sont parfois considérées comme trop larges, trop étroites ou les deux en même temps selon le contexte. Pourtant, nous les utilisons constamment. Elles sont à la fois problématiques et incontournables, d’autant que si le processus de catégorisation est central dans les discours scientifiques, certaines catégories sont utilisées par les acteurs sociaux eux-mêmes et ont des effets concrets sur les pratiques. Il s’agit dès lors de s’intéresser à leur construction et à leur circulation entre les espaces et les personnes, avec une idée clé : il n’y a pas de catégorie en soi ; celle-ci doit être analysée selon un point de vue, en posant la question « qu’est-ce qui fait catégorie ? » et en mettant l’accent sur l’usage. […] » [résumé de la communication donnée au colloque et biographie de l’auteure]

DI FILIPPO Laurent, « Des récits médiévaux scandinaves aux mythes nordiques : catégorisations et processus d’universalisation », p. 115-133

« Le fait qu’il existe des « mythes » nordiques ou une « mythologie » nordique est une idée répandue présente aussi bien dans des ouvrages généralistes, non universitaires, que chez les spécialistes des études scandinaves. Cependant, les phénomènes auxquels ces expressions renvoient ne sont souvent pas définis de façon claire. Pour schématiser, on pourrait dire que les mythes nordiques sont des récits qui rapportent ce que l’on imagine être les croyances des peuples de la Scandinavie ancienne, et la mythologie serait l’ensemble que forment ces mythes. Mais comment être plus précis ? […] » [résumé de la communication donnée au colloque et biographie de l’auteur]

RENARD Lisa, « Les manteaux de prestige māori. Du trésor ancestral à l’objet de collection muséal », p. 135-152

« Chez les Māori de Nouvelle-Zélande, certaines pièces textiles prennent une importance particulière lors de moments clés de la vie du groupe. Parmi elles, les manteaux de prestige nommés kākahu dont j’étudie les circulations, peuvent être reconnus par les Māori en tant qu’ancêtres sujets de l’espace sociocosmique. En Europe, dans les musées d’ethnologie européens ces mêmes manteaux se voient requalifiés, devenant objets de collection. À travers l’analyse des qualifications de ces manteaux, je me propose ici d’envisager les liens que les humains entretiennent avec la culture matérielle en fonction des contextes : cérémonie d’accueil (pōwhiri) ou remise de diplôme en Nouvelle-Zélande, exposition temporaire ou vie en réserve dans un musée d’ethnologie européen. […] » [résumé de la communication donnée au colloque et biographie de l’auteure]

III | Catégories et usages

LEGON Tomas, « Les adolescents ont-ils des problèmes de mémoire ? Repérer et retenir les références objectives associées aux œuvres », p. 155-170

« Quand le sociologue réalise des entretiens avec des adolescents au sujet de leurs pratiques culturelles, il peut être frappé par les troubles de mémoire dont semblent souffrir une part non négligeable des enquêtés. Il est en effet fréquent qu’ils ne se souviennent pas du nom des artistes responsables des films qu’ils ont vus, des livres qu’ils ont lus ou, plus rarement, des musiques qu’ils ont écoutées. Il arrive même souvent qu’ils ne parviennent pas à se rappeler du nom des œuvres. La situation d’entretien et les questions de l’enquêteur (comme certaines situations scolaires) amènent d’ailleurs plusieurs enquêtés à constater eux-mêmes qu’ils ont du mal à se rappeler des noms et donc à présenter ces « problèmes de mémoire » comme un trait de caractère (à travers des expressions comme « j’ai une mémoire de poisson rouge » ou « j’ai pas la mémoire des noms »). Comme beaucoup d’autres spectateurs de cinéma étudiés par Jean Michel Guy, ces adolescents n’ont bien sûr « pas une mauvaise mémoire, mais une mémoire sélective » (Guy, 2000 : 30). […] » [résumé de la communication donnée au colloque et biographie de l’auteur]

PROUST Serge, « Les incertitudes de catégorisations au cœur des mobilisations collectives relatives au régime de l’intermittence », p. 171-187

« Depuis trois décennies, le régime de l’intermittence est l’objet de réformes qui donnent lieu à une série de mobilisations à l’occasion desquelles apparaissent diverses dénominations qui se chevauchent, s’emboîtent (« intermittent » ; « artiste » ; « technicien » ; « précaire » ; etc.), s’inscrivent dans des luttes auxquelles participent plusieurs groupes d’agents : les représentants de l’État (dont les dirigeants de l’UNEDIC) ; les militants eux-mêmes marqués par des tensions internes ; des fractions d’universitaires et d’intellectuels. Ces classifications et les luttes qui les accompagnent renvoient à des usages administratifs (pour classer des individus et leur permettre – ou non – l’accès à des droits), à des usages politiques et militants (pour organiser des luttes, définir des groupes, les nommer et désigner leurs représentants), à des usages heuristiques et des conflits théoriques (dans la caractérisation du capitalisme contemporain). […] » [résumé de la communication donnée au colloque et biographie de l’auteur]

LANGEARD Chloé, « Des publics qui ne comptent pas ! Mises à l’épreuve d’une catégorie d’action publique », p. 189-204

« Les perspectives constructivistes ont insisté sur le travail d’élaboration souvent conflictuel dont font l’objet les catégories de représentation et d’action sur la société. Et ce, à l’instar des travaux conduits sur l’histoire de l’État, lesquels ont montré qu’une des ressources essentielles du pouvoir politique résidait dans la faculté de classer, ordonner et administrer les populations comme les biens (Foucault, 1976 ; Desrosières, 1993 ; Porter, 1995). Le travail symbolique de définition, les opérations de labellisation et de dénomination sont effectués par de nombreux acteurs, outillés d’instruments, dont la statistique (Desrosières, 1993). Cela génère des « identités » de référence à partir desquelles se développent des représentations et des pratiques professionnelles. Il s’agit de les mettre au jour dans le secteur artistique et culturel en appréhendant la catégorie de « public ». […] » [résumé de la communication proposée au colloque et biographie de l’auteure]

BARBAGELATA Pierre, INAUDI Aude, « Digital natives ? Ou comment légitimer un discours clivant », p. 205-220

« Cette recherche questionne, à partir d’une étude de discours et d’observations de terrain, les a priori et les enjeux socioculturels sous-tendus par l’expression digital natives. Lorsque Marc Prensky introduit en 2001, dans son texte « Digital natives, Digital immigrants » (Prensky, 2001), l’expression digital natives, il désigne « les jeunes qui ont passé toute leur vie entourés et utilisant des technologies numériques ». Il les décrit comme des personnes ayant « grandi en utilisant quotidiennement le numérique sous toutes ses formes ». Ainsi « familiarisés avec ces outils », ils « pensent, lisent, traitent l’information » selon des « modes de raisonnement, d’action et d’apprentissage rapides, non linéaires, pluriels » « qui leur sont propres » (Prensky, 2001 : 1). En pointant l’écart entre ces digital natives et les digital immigrants, ces adultes (enseignants) qui « conservent des habitudes et des comportements issus des temps passés », Marc Prensky alerte sur le décalage entre la pédagogie mise en œuvre, les savoirs enseignés sous forme de « curriculum » et la culture des « jeunes d’aujourd’hui » (Prensky, 2012a). Il exhorte les digital immigrants à évoluer et à se mettre en cohérence avec « l’école de demain [pour] préparer au monde d’après-demain » (Prensky, 2012b). De fait, il questionne fortement la « compatibilité entre pratiques culturelles » installées, voire instituées, et les « outils médiatiques émergents » (Meyer, 2009 : 90). […] » [résumé de la communication donnée au colloque et biographie des auteur-e-s]